Culture

Arts : À Bukavu, la danse ose regarder en face un tabou, les violences sexuelles sur les garçons

Il y a des sujets que la société préfère ranger dans l’angle mort. C’est précisément cet angle mort que le chorégraphe Darel Longundu a choisi d’éclairer avec « Rétro-viseur », un projet de recherche artistique qui prend ses quartiers au Labo Mot’Art de Bukavu du 7 au 18 septembre 2026.

Pendant douze jours, quatre danseurs et un slameur vont partager le même plateau pour interroger un silence bien ancré dans la région des Grands Lacs, celui qui entoure les violences sexuelles subies par les garçons pendant leur enfance. Un sujet que l’on aborde peu, que l’on tait souvent, et que Longundu a décidé de porter au corps.

Le dispositif imaginé par le chorégraphe mêle deux langages qui se répondent : la gesticulation de la danse contemporaine, capable de dire ce que les mots peinent à formuler, et la scansion du slam, qui vient poser des mots sur ce que le corps a mis en mouvement. Ensemble, danse et slam esquissent une cartographie sensible du traumatisme, entre ce qui se tait et ce qui cherche à sortir.

Mais « Rétro-viseur » n’est pas qu’un espace de création, c’est aussi un laboratoire au sens propre. Les journées alternent expérimentation gestuelle et panels de discussion, où artistes et public sont invités à réfléchir ensemble à cette question encore taboue. Le matériau récolté durant ces douze jours doit nourrir la future création solo de Darel Longundu, qui prolongera ainsi ce travail au-delà du laboratoire.

En choisissant de faire entrer ce sujet sur une scène artistique plutôt que de le laisser confiné aux discours cliniques ou judiciaires, Longundu déplace le regard, l’art devient ici un outil de résilience, un moyen de déconstruire un tabou social qui, faute d’espace pour être nommé, continue de peser en silence sur ceux qui l’ont vécu.

Le projet bénéficie du soutien de l’Union européenne, dans le cadre du programme Global Gateway, ainsi que d’EUNIC RDC, de Mot’Art et de la Rencontre Chorégraphique des Grands Lacs (RCGL) une convergence d’acteurs culturels et institutionnels qui témoigne de l’ambition portée par cette initiative.

Azga Shachikere

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